Svalbard Axis

© ESA

Le Svalbard :

Le Svalbard est un archipel norvégien situé au cœur de l’Arctique, à mi-chemin entre la Norvège et le pôle Nord, à environ 1 000 Km des côtes norvégiennes et 1 300 Km du Pôle. Composé de plusieurs îles, dont la principale est Spitsbergen, l’archipel s’étend sur une superficie totale d’environ 61 000 km2. Avec une population d’environ 2 500 habitants, le Svalbard reste un territoire unique où la nature domine.

Parmi ses îles notables :

          – Spitsbergen : la plus grande île (39 000 km2), qui abrite la majorité des habitants et des infrastructures.

          – Nordaustlandet : deuxième île par sa taille (14 000 km2), presque entièrement recouverte de glaciers.

          – Edgeøya : environ 5 000 km2, connue pour sa faune arctique et ses paysages préservés.

          – Barentsøya : 1 300 km2, terrain de recherche scientifique et nature sauvage intacte.

          – Kvitøya : 682 km2, île reculée, presque entièrement recouverte de glace permanente.

Le climat y est arctique, extrême et rigoureux, avec des hivers longs et très froids et des étés courts mais lumineux. L’archipel est réputé pour ses paysages spectaculaires : glaciers majestueux, fjords profonds, étendues de neige infinies et banquises à perte de vue. Chaque pas ici est une rencontre avec un monde sauvage et fragile.

Plus de 60% de l’archipel est protégé par des réserves naturelles et parcs nationaux, garantissant la préservation des paysages et de la biodiversité. La faune y est exceptionnelle : ours polaires, renards arctiques, rennes, phoques et une multitude d’oiseaux migrateurs peuplent ses îles.

La ville principale, Longyearbyen, abrite également la Seed Vault (banque mondiale de graines), qui conserve des millions de graines provenant du monde entier dans des conditions extrêmes pour assurer leur longévité. Cette installation permet de sauvegarder les semences contre les catastrophes naturelles, conflits ou erreurs humaines, et constitue un véritable « coffre-fort mondial de la biodiversité », symbole de préservation et garantissant la sécurité alimentaire des générations futures.

Le Svalbard représente ainsi un territoire unique, sauvage et préservé, un lieu où le temps semble se suspendre et où la puissance de l’Arctique et la beauté des grands espaces se révèlent dans toute leur intensité.

Projet de l'expédition

Le projet de cette expédition est de réaliser une traversée Sud-Nord de l’île principale du Svalbard : le Spitzbergen. Une équipe de 5 personnes en ski-pulka et en totale autonomie. Nous souhaitons ramener des images afin de réaliser un film documentaire, un livre et un projet pédagogique.

Nous devrons nous faire déposer au sud de l’île par des motoneiges, mais celles-ci ne peuvent pas aller jusqu’à notre point de départ car c’est une zone protégée. Nous aurons donc un peu plus de 100km à parcourir en ski avant d’atteindre notre point de départ « officiel ». Ensuite nous n’aurons plus qu’a progresser entre vallées enneigées, glaciers et banquises sur près de 660km pour atteindre notre objectif: la pointe nord de l’île. Une fois arrivés, des motoneiges viendrons nous récupérer pour nous ramener à Longyearbyen.

Photo : Merlin Cerise

Rien ne va plus!

Quelques semaines avant le départ la compagnie qui devait s’occuper de la logistique motoneige nous fait faux bond. L’expédition est en péril, nous devons trouver une solution. Aucune autre agence à un prix raisonnable n’est disponible. Nous choisissons donc de modifier notre itinéraire, nous ferons un aller-retour jusqu’à la pointe nord de l’île au départ de Longyearbyen. Un itinéraire qui conserve nos 600km et 35 jours d’expéditions.

Nous partons à cinq : Merlin, Fabrice, Gaël, Jean-Simon et Nicolas. Mais dès les premiers jours Jean-Simon, le moins expérimenté de l’équipe, a du mal à suivre le rythme. Au soir du cinquième jour nous avons une discussion d’équipe. Deux solutions s’offre à nous : l’abandon de Jean-Simon pour que le reste de l’équipe puisse continuer ou l’abandon de l’objectif et un changement d’itinéraire pour garder l’équipe complète. Nous choisissons de rester en équipe. Notre nouvel objectif sera le Newtontoppen, plus haut sommet du Svalbard!

 

Photo : Nicolas Sanchez

Cela n'a pas suffit...

Deux jours plus tard et malgré un rythme ralenti, Jean-Simon n’a plus de jus. Après une longue réflexion il décide d’abandonner l’expédition. Nous nous organisons pour son départ et lui disons aurevoir.

Une nouvelle discussion s’impose : reprendre l’itinéraire de base et atteindre la pointe nord ou rester sur notre nouvel objectif du Newtontoppen ? Nous en sommes qu’au septième jour mais nous avons déjà accumulés pas mal de retard sur notre itinéraire de base. Il faudrait skier à un rythme effréné pour atteindre cet objectif et une partie de l’équipe ne se sent pas ou n’a pas l’envie d’une telle expédition. Nous reprenons donc notre route en direction du Newtontoppen.  

Photo : Nicolas Sanchez

Une hécatombe!

Les péripéties de cette expédition continues. Au matin du neuvième jour, Fabrice qui avait déjà mal au dos depuis quelques temps, a beaucoup de mal à se mouvoir, une veille hernie discale s’est réveillée. Aujourd’hui, nous ferons un jour off pour lui permettre de prendre du repos. Mais en fin de journée il n’y a toujours aucune amélioration. Nous décidons de contacter les service de rescues pour trouver une alternative qui nous permettrais de le faire évacuer sans déranger les services de secours. Leur hélicoptère étant en exercice dans le secteur, il nous répondent simplement : « helicopter is on the way, ETA 45min ». Sont départ fût rapide et précipité, en seulement 45 minutes, nous avons dû réorganiser notre matériel. Afin de nous allégés, nous chargeons la pulka de Fabrice qui repartira avec lui. On se sépare d’une tente, de nos déchets, d’une partie de notre matériel de communication et de notre matériel d’alpinisme (ce dernier nous portera préjudice plus tard). L’hélicoptère arrive, Fabrice s’envole, nous ne sommes plus que trois.

Photo : Fabrice Yencko

White out

La journée qui suit sera l’une des pus belle, un soleil magnifique, un paysage immense et une neige superbe. Nous ne le savons pas encore mais ce sera la dernière belle journée avant plusieurs jours. Nous évoluerons pendant 7 jours d’affilés dans un white out. Parfois notre visibilité s’étendait à plusieurs centaines de mètres, parfois elle se limitée à quelques mètres. Nous nous orientons et progressons à l’aide du vent et de nos boussoles. Nous prenons également un jour off pour laisse passer une petite tempête. Nous croisons sur notre chemin un groupe de Finlandais qui eux aussi se rendent au Newtontoppen. Une fois arrivés dans l’immense vallée qui se trouve au pied du sommet, une éclaircie nous laisse entrevoir le sommet. Nous posons le camp, l’ascension sera pour demain. Malheureusement, la météo nous fait une nouvelle fois défaut. Au réveil nous nous retrouvons de nouveau dans un épais white out accompagné d’une neige qui tombe incessamment. Nous attendons une fenêtre météo, celle-ci ne se présentera pas, visibilité nulle et plusieurs dizaines de centimètres de neiges nous pousse à renoncer au sommet. Le risque d’avalanche est à sont maximum et comme mentionner plus haut, nous avons fait l’erreur de nous séparer de notre matériel d’alpinisme. Nous rentrons!

Photo : Nicolas Sanchez

Chemin retour

Le chemin retour nous réserve encore quelques surprises. Les deux premiers jours nous serons toujours dans le white out, puis le soleil finira par se montrer. On retrouvre la civilisation et les groupes de motoneige ainsi que quelques skieurs eux aussi en expédition qui font route vers le nord. Le dix-neuvième jour, en fin journée on décide de pousser un peu plus loin et on tombe sur le campement d’une expédition. Heureux hasard, c’est un groupe guidé par Caroline Coté, une grande exploratrice canadienne, c’est grâce à elle que Merlin et Nicolas se sont rencontrés. Nous étions ravi de nous croisé sur la glace, nous avons pauser notre camp avec eux et en avons profité pour discuter. Medea, une guide en formation qui était avec Caroline nous a indiqué un itinéraire qui passe par Svaegruva une ancienne ville située au sud de l’île et par une grotte de glace. Nous décidons que suivre ce nouvel itinéraire et de ne pas rentrer tout de suite.

L'aventure continue!

C’est avec enthousiasme que nous attaquons notre nouvel itinéraire, mais nous allons vite déchanter. La veille Merlin et Nicolas n’avaient pas porté leurs lunettes de soleil, aujourd’hui ils en payent le prix, tous les deux ont un snow blind, un coup de soleil sur les yeux. En milieu de journée les températures frôle le 0°C, nous montons sur une pente très raide, la plus dure de l’expédition. Arrivés en haut, la neige colle, la météo se gâte, nous nous arrêtons là pour aujourd’hui. Point météo, les prochains jours les températures passent en positif, tout va fondre! Notre nouvel itinéraire implique de franchir plusieurs glaciers et une zone de banquise… Le moment de la fonte est le pire moment pour se trouver dans ces endroits. Nous modifions donc encore notre objectif, on fait une petite boucle pour retourner sur notre itinéraire aller et à l’approche de Longyearbyen nous aurons encore la possibilité de repiquer vers le sud en passant par les vallées. Nous avançons dans l’incertitude quant à la fin de notre expédition.

Photo : Fabrice Yencko

On l'a presque vu!

Nous attaquons la descente du glacier dans le white out, à mi-chemin le temps se dégage, nous avons enfin de la visibilité et heureusement! Nous croisons un groupe en motoneige, le guide s’arrête pour nous prévenir que deux ours, une femelle et un gros mâle qui la suit, sont dans la moraine en contrebas et qu’ils arrivent sur nous. Nous descendons avec les yeux grands ouverts. Nous voyons au loin deux motoneiges, ce sont celles des policiers qui surveillent les ours car ils sont dans une zone de passage touristique. Il finissent par venir à notre rencontre, nous les avions déjà vu, ils nous avaient contrôlé quelques jours plus tôt. Nous discutons un instant avec l’un d’entre eux, il nous signale que les ours ne se trouve qu’à quelques centaines de mètres de nous dans la même moraine. L’occasion aurait été parfaite pour les voir mais malheureusement les différents reliefs du terrain autour de nous nous cache la vue. 

Photo : Nicolas Sanchez

Un constat alarmant!

Le tableau est affligeant et alarmant, nous commençons à observer les premiers effets des hautes températures de ces derniers jours. Cette année le printemps arrive un mois plus tôt que prévu. Le mis en cause : le dérèglement climatique. Ici dans l’arctique, il a une action immédiate et impacte tout un écosystème.  En retournant là où nous étions passés à l’aller, dix ou quinze jours plus tôt, le constat est effrayant. La roche apparaît, la glace devient eau et la neige laisse place à la boue… Nous pausons nos bivouacs sous la pluie, tout un monde disparaît. Tristes de voir cette scène de nature en déclin nous mettons fin à notre expédition avec dix jours d’avances.

Photo : Nicolas Sanchez